La montagne italienne n’a jamais été aussi attractive. En 2026, portée par les Jeux olympiques d’hiver Milano Cortina 2026, elle s’apprête à enregistrer 72 millions de nuitées : un chiffre qui change l’échelle du secteur et place les Alpes et les Apennins italiens parmi les destinations d’hiver les plus compétitives d’Europe. Les données sont sans appel : la saison d’hiver 2025-26 a déjà totalisé 29,7 millions d’arrivées et 93 millions de nuitées, soit une hausse de 3,8 % sur un an. Pour les stations de ski, les exploitants de remontées et les hébergeurs en altitude, 2026 n’est pas seulement une année record : c’est le début d’un nouveau cycle.
Les chiffres record du tourisme de montagne en 2026
Les statistiques du début d’année dessinent le tableau le plus solide des vingt dernières années. Le ministère italien du Tourisme estime que, sur les quatre premiers mois de 2026, le tourisme en Italie a déjà atteint 100 millions de nuitées au total. Ce chiffre couvre tous les types de destinations, mais la montagne y pèse plus que sa part historique.
La saison d’hiver 2025-26, encore en cours au moment de la publication de cette analyse, a déjà dépassé les prévisions les plus optimistes :
- 29,7 millions d’arrivées dans les destinations de montagne italiennes ;
- 93 millions de nuitées sur la saison ;
- une hausse de 3,8 % par rapport à la saison précédente ;
- une clientèle étrangère en progression de 8 % à 8,8 %.
La projection de 72 millions de nuitées en montagne sur l’année, saison d’été et intersaisons comprises, marque un saut qualitatif par rapport aux années qui ont précédé les Jeux. Il ne s’agit pas d’un rebond post-pandémie : ce phénomène s’est épuisé entre 2022 et 2023. Ce que l’on observe en 2026, c’est un changement structurel de la demande, amplifié par l’effet vitrine des Jeux olympiques.
Le poids économique est tout aussi important. L’impact total des Jeux de Milano Cortina 2026, retombées directes et indirectes comprises, dépasse 5,3 milliards d’euros. Ce montant englobe les infrastructures, les services, l’hébergement, la restauration, les transports et le commerce tout au long du corridor olympique.
L’effet Milano Cortina : comment les Jeux dopent le tourisme
L’effet des Jeux d’hiver sur le tourisme dépasse largement les semaines de compétition. La couverture médiatique mondiale, la modernisation des sites, la visibilité internationale des destinations et l’image positive auprès des marchés émetteurs se traduisent par des flux touristiques en hausse avant, pendant et surtout après l’événement.
Les seuls sites olympiques de 2026 attendent 513 000 arrivées et 1,8 million de nuitées, avec des dépenses touristiques directes estimées à 281 millions d’euros. Mais la vraie valeur des Jeux se mesure sur le long terme. L’effet multiplicateur olympique est bien documenté par les économistes : chaque euro investi dans les infrastructures et la promotion liées aux Jeux génère entre 3 et 5 euros de valeur économique.
Cortina d’Ampezzo en est l’exemple le plus parlant. La « reine des Dolomites » affiche en 2026 35 % de réservations hôtelières en plus par rapport à 2022, l’année où elle a été désignée site olympique. Ce n’est pas seulement la demande qui augmente, c’est aussi sa qualité : des séjours plus longs, une dépense moyenne plus élevée, une clientèle internationale venue de marchés haut de gamme comme les États-Unis, le Canada, la Corée du Sud et l’Australie.
L’effet boule de neige gagne les domaines voisins. Le Dolomiti Superski, le plus grand circuit skiable du monde, enchaîne les saisons à guichets fermés. Les remontées des grandes stations, d’Arabba à Selva di Val Gardena en passant par San Martino di Castrozza, connaissent le matin des files d’attente qu’on n’avait pas vues depuis des années.
Côté infrastructures, les Jeux ont accéléré des investissements bloqués depuis des décennies : nouvelles télécabines, modernisation des gares de départ, amélioration des réseaux de neige de culture, forfaits dématérialisés. Ces équipements ne servent pas seulement les Jeux : ils serviront aussi les vacanciers des années à venir.
Région par région : qui progresse le plus
Le tourisme de montagne italien n’est pas un bloc uniforme. Chaque région alpine a sa propre trajectoire, qui dépend de facteurs structurels, de la qualité des investissements et de sa capacité à se positionner sur les marchés internationaux.
Vallée d’Aoste
La plus petite région d’Italie par sa superficie est l’une des plus dynamiques sur le plan touristique. Ses nuitées sont passées de 3,6 millions en 2019 à 4,01 millions en 2025, soit une hausse de 11 % en six ans, malgré le choc de la pandémie en 2020. En 2026, elle pourrait approcher la barre des 4,5 millions.
La Vallée d’Aoste a bâti son avantage sur trois piliers : la qualité de ses remontées (Cervinia-Zermatt offre le ski transfrontalier le plus prestigieux d’Europe), une gastronomie de caractère et sa capacité à attirer les amateurs d’activités de plein air en été. Le domaine du mont Rose et la Valdigne sont de solides alternatives pour répartir les flux au-delà des grands pôles.
Trentin
Le Trentin est la région qui a le mieux su conjuguer qualité de l’offre, respect de l’environnement et diversification. Ses nuitées sont passées de 6,9 millions en 2019 à 7,75 millions en 2025, soit 12 % de hausse, la plus forte parmi les grandes régions alpines.
Le Trentin-Haut-Adige s’appuie sur un réseau de stations qui ne dépend pas d’un seul pôle : Madonna di Campiglio, Canazei, Folgaria, Andalo, Pinzolo et bien d’autres occupent des marchés complémentaires. Le partenariat avec le Dolomiti Superski lui assure une visibilité internationale. Le positionnement haut de gamme de l’offre trentine, avec des agritourismes de qualité et des refuges certifiés, attire une clientèle prête à dépenser davantage.
Haut-Adige
Le Haut-Adige (Tyrol du Sud) est la locomotive du tourisme de montagne italien en volume. Ses nuitées sont passées de 35 millions avant la pandémie à 37,1 millions en 2025, soit 6 % de hausse sur une base déjà exceptionnellement élevée. Pour situer : la seule province de Bolzano accueille plus de touristes que bien des pays européens de taille moyenne.
La recette du Haut-Adige repose sur une offre répartie partout : pas seulement de grandes stations, mais des milliers de fermes, de pensions familiales et de refuges qui assurent un taux de remplissage régulier toute l’année. Ses remontées mécaniques, de Merano 2000 à Plan de Corones, forment l’ossature d’un système intégré de mobilité en montagne, une référence en Europe pour son efficacité et son design.
Piémont
Le Piémont est le grand pari de 2026. Sestriere, Bardonecchia, Limone Piemonte et les autres stations des Alpes occidentales récoltent les fruits d’années d’investissements et du regain d’intérêt pour la montagne piémontaise, porté par la proximité de Milan. Le Turin-Lyon et la ligne à grande vitesse ont rapproché le domaine de la Via Lattea des marchés de la plaine du Pô. Les flux en provenance de France et de Suisse progressent régulièrement.
L’essor des visiteurs étrangers : qui vient skier en Italie
La part de la clientèle internationale est le meilleur baromètre de la compétitivité d’une destination. En 2025-26, les touristes étrangers dans les stations de montagne italiennes progressent de 8 % à 8,8 %, deux fois plus vite que la moyenne européenne du secteur.
Les principaux marchés émetteurs du ski en Italie en 2026 sont :
- l’Allemagne : premier marché, traditionnellement tourné vers le Haut-Adige et le Trentin ;
- l’Autriche : des visiteurs transfrontaliers qui apprécient le Dolomiti Superski et les Dolomites de Sesto ;
- les Pays-Bas et la Belgique : des marchés mûrs, très attachés à la semaine au ski ;
- la Russie et l’Europe de l’Est : en reprise après des années de recul ;
- les États-Unis et le Canada : une forte hausse, tirée par la visibilité olympique de Cortina ;
- la Corée du Sud et le Japon : une clientèle à fort pouvoir d’achat, attirée par le positionnement haut de gamme des Dolomites.
La visibilité internationale offerte par les Jeux a une valeur promotionnelle inestimable. Les images de Cortina, des Tofane et des pistes olympiques diffusées dans le monde entier pendant les Jeux ont fait connaître d’un coup l’Italie sur des marchés qui ne la considéraient pas comme une grande destination de ski.
Le touriste étranger dépense en moyenne 40 à 60 % de plus par nuit que le touriste italien, choisit des hébergements de catégorie supérieure et achète davantage de services annexes : spa, guides de haute montagne, excursions, produits du terroir. L’internationalisation de la demande multiplie donc la valeur, pas seulement les volumes.
Les stations qui gagnent la partie
Toutes les stations ne progressent pas au même rythme. 2026 accentue l’écart entre les destinations qui ont investi et celles qui sont restées immobiles.
Cortina d’Ampezzo est un cas d’école. L’investissement olympique a rendu à la « reine des Dolomites » une compétitivité qui semblait perdue dans les années 2000 : nouvelles remontées, pistes refaites, hôtels rénovés, centre historique transformé. Les 35 % de réservations hôtelières en plus par rapport à 2022 ne doivent rien au hasard : ils sont le fruit d’un programme de rénovation cohérent.
Le Dolomiti Superski, qui relie douze vallées et 1 200 km de pistes entre le Trentin, le Haut-Adige et la Vénétie, reste l’offre de ski la plus compétitive d’Europe pour son rapport qualité-prix et sa variété. Ses forfaits multi-vallées attirent les familles et les groupes qui veulent varier les plaisirs sans changer de station chaque jour.
Madonna di Campiglio, au cœur des Dolomites de Brenta, confirme sa réputation de station haut de gamme, avec une clientèle fidèle et aisée. Les domaines de la Skiarea Campiglio Dolomiti di Brenta profitent de leur liaison avec le Superskirama.
La Thuile et Courmayeur, en Vallée d’Aoste, captent une clientèle internationale exigeante grâce aux liaisons transfrontalières avec la France et à la proximité du mont Blanc. Le vacancier qui choisit Courmayeur en 2026 recherche une expérience complète : du ski de qualité, une cuisine d’auteur et un hébergement design.
L’après-Jeux : comment capitaliser sur 2026
Les Jeux olympiques sont une fenêtre, pas une fin en soi. Le vrai défi pour les stations italiennes est de transformer cette visibilité en flux touristiques durables à moyen et long terme. L’histoire des grands événements sportifs le montre : l’héritage olympique peut être exceptionnel ou éphémère, selon les choix faits dans les 36 mois qui suivent les Jeux.
Pour les stations et les acteurs du secteur, les priorités de l’après-Jeux sont claires.
Présence numérique : le touriste étranger qui a découvert l’Italie grâce aux Jeux cherchera des informations en ligne avant de réserver. Un écosystème numérique efficace (sites multilingues, réservation directe, présence sur les réseaux sociaux, gestion des avis) est indispensable pour transformer l’intérêt en réservation.
Allongement de la saison : le tourisme de montagne en été reste en deçà de son potentiel. Les Dolomites, la Vallée d’Aoste et les Alpes piémontaises offrent des activités estivales de niveau mondial : randonnée, VTT, escalade, parapente, vélo électrique. Les remontées qui transportent les skieurs en hiver peuvent transporter les randonneurs en été, ce qui améliore leurs marges et réduit leur dépendance à une seule saison.
La qualité plutôt que le volume : la montagne italienne ne peut pas rivaliser sur les prix avec des destinations émergentes comme la Bulgarie ou la Roumanie. Elle peut, et elle doit, rivaliser sur la qualité de l’expérience : former le personnel, relever le niveau des hébergements, développer une offre gastronomique ancrée dans le territoire et investir dans l’environnement, un critère de choix de plus en plus important pour les touristes européens.
Accessibilité : pour beaucoup de destinations de montagne, un vrai obstacle demeure la difficulté d’y accéder en transports en commun. Le touriste étranger qui arrive en train à Milan ou à Venise doit pouvoir rejoindre Cortina ou Madonna di Campiglio sans louer de voiture. Les investissements dans les liaisons en car et en train vers les stations multiplient la demande.
Exploitation des données : les stations les plus avancées construisent des entrepôts de données qui croisent ventes de forfaits, réservations hôtelières, fréquentation des remontées et conditions météo. Ces données permettent d’optimiser l’exploitation, d’éviter la saturation et de personnaliser l’offre. Le numérique n’est pas une mode : c’est un avantage concurrentiel durable.
La montagne italienne au-delà de 2026
2026 est une année charnière, pas un pic isolé. Les fondations du tourisme de montagne en Italie (qualité des infrastructures, beauté des paysages, variété de l’offre, identité culturelle) sont solides et difficiles à copier. Les Jeux de Milano Cortina 2026 ont accéléré une mise en valeur déjà engagée.
Les régions alpines italiennes, de la Vallée d’Aoste au Trentin-Haut-Adige, de la Vénétie au Piémont, montrent qu’il est possible de croître de façon durable, d’attirer une clientèle internationale de qualité et, dans le même temps, de préserver le caractère authentique des communautés de montagne.
Les 72 millions de nuitées attendues en 2026 ne sont pas une ligne d’arrivée. Elles sont le point de départ d’une décennie au cours de laquelle la montagne italienne peut ambitionner de devenir la première destination alpine d’Europe pour la qualité perçue et la satisfaction des visiteurs. La fenêtre olympique se refermera, mais son héritage, en infrastructures, en notoriété internationale et en qualité de service, restera l’apport le plus durable de ces Jeux à l’économie de la montagne italienne.